Ceci dit je fais une petite rectification sur les affirmations précédentes par rapport au rêve : quand je dis que nous ne rêvons pas, il faut faire une place particulière aux artistes. En fait le rêve est le moteur de leur action et leur objectif est, justement, de créer du rêve. Mais un rêve qui doit nous sortir du quotidien, pas une leçon de morale ou de politique. L’artiste cherche à nous confronter avec l’impossible, ce que nous ne pourrons jamais voir, ni même imaginer. Bravo les artistes, mais dans une catégorie à part.
Bien sûr grâce à cette part de rêve les artistes se font une notoriété, quelques fois immense. Du coup ils en jouent dans la sphère politique, en manifestant ou en donnant leur avis et leur nom. Ce n’est pas tellement correct, c’est plutôt un mélange des genres, car in fine ils en tirent un surcroit de publicité personnelle qui leur profite en fait.
Attention il y a des artistes dits engagés qui en général payent leur soutien à de justes causes par un manque de notoriété. Ceux-là sont courageux et apportent une visibilité à des luttes souvent obscures. Fut un temps le PCF avait une collection de chanteurs et d’acteurs engagés qui s’affichaient ouvertement avec cette étiquette. Ce temps est révolu et les artistes encartés sont maintenant rares.
Quant aux grands shows rassemblant des dizaines de vedettes et dont le produit va profiter à une ou plusieurs luttes c’est de la poudre aux yeux et une fois de plus, ils en sont les principaux bénéficiaires.
Cette rectification faite il y a encore beaucoup de choses à dire sur l’IA. L’IA c’est un stade où l’humanité se rend compte de toute la richesse et la diversité qu’elle a créé. Dommage que ça tombe dans l’escarcelle du capitalisme triomphant.
Certes l’IA est plus rapide, manipule un plus grand nombre de données et est assez exhaustive, plusieurs d’entre vous me l’ont dit, mais contrairement à ce que l’on pourrait croire l’IA n’est pas neutre. Elle est du côté de la loi, de l’ordre et des institutions car il lui manque une composante fondamentale qui est l’opinion personnelle. L’IA n’a pas d’opinion, ce qui en matière scientifique est un plus, mais en matière sociétale l’oblige à être du côté du pouvoir et à ne pas comprendre des notions purement humaines comme la justice ou la liberté. Il y a donc des choses que l’IA ne peut pas faire.
Je vais prendre en exemple deux décisions judiciaires récentes sur l’A69.
Le Tribunal administratif de Toulouse a jugé en février 2025 que le projet n’avait pas de RIIPM et a donné de nombreux arguments. Quelque mois plus tard, exactement sur le même sujet et sur les mêmes éléments, la Cour Administrative d’Appel de la même ville a jugé au contraire que le projet avait une RIIPM en donnant de nombreux arguments. Comment expliquer cela ?
A vrai dire ce n’est pas très facile. Il aurait très bien pu en être autrement car il n’y a rien de logique dans cette affaire. Pour comprendre il faut du coup se tourner vers les opinions des juges. Les juges ne sont pas des machines et même s’ils n’ont pas de parti pris ils ont quand même une opinion, juridique, mais une opinion. Et c’est de cette opinion qu’ils partent pour étayer et justifier leur décision. Et pas le contraire comme le ferait une machine dont la décision est exclusivement basée sur la valeur des mesures constatées. L’IA ne peut donc pas rendre, ni prédire de jugements.
Evidemment cette notion d’opinion ne s’applique que dans les cas où les données sont peu numériques et plutôt du domaine des sens et des valeurs. Dans beaucoup d’affaires les juges n’ont pas à se poser de questions et rendent un jugement presque prévisible. Mais ce sont justement les situations un peu difficiles à trancher qui nous intéressent, le reste est moins problématique. Un radar rend un jugement radical car il y a des chiffres et la décision est purement logique. Bien sûr on peut contester le radar, il peut être déréglé ou la plaque être floue mais cela reste exceptionnel et confirme la règle générale de fonctionnement.
En poursuivant notre raisonnement nous voyons que l’opinion personnelle, activée par ses propres sentiments permet de faire des choix personnels, comme dans le cas des juges, et c’est le cas de tout le monde dans la vie courante. C’est pour cela qu’il y a une certaine diversité dans les comportements humains. Chaque humain fait à peu près la même chose, manger, aimer, dormir mais avec des variantes impliquant des opinions et des choix personnels ou collectifs ce qui donne des vies un peu différentes.
L’IA n’a pas d’opinion personnelle car elle a été entrainée à faire des identifications, des rapprochements, des synthèses, des classifications, des éliminations et en gros ce qu’il faut appeler des choix. Des choix sasn opinions. Cet entrainement est opéré par des humains et par des robots qui ont déjà intégré et automatisé tout un tas de choix humains. Cet entrainement est la valeur ajoutée de l’IA, si non elle serait un simple moteur de recherche dans une banque de données ce qui existe déjà. C’est comme cela qu’elle apprend à produire des réponses en textes, en images ou en formules.
Mais cet entrainement peut facilement être biaisé. Un parti-pris des développeurs d’une IA est tout à fait envisageable. A preuve ce logiciel de recrutement d’une entreprise américaine qui tendait à éliminer les colored. Il est donc tout à fait possible de voir apparaitre un jour des IA racistes ou fascistes ou écologistes.
L’IA est, pour le moment, dans la phase ou tout lui est permis sans le moindre contrôle par les institutions comme cela a été pour l’internet, le téléphone et tout ce qui a tendance à produire du pib.
Cette phase d’ascension cache tous les problèmes et le fait que je m’inquiète sur cette nouveauté est purement spéculatif, car il n’y a aucun moyen de lutter contre
l’IA. Mais il n’est pas inutile…….
Michel Costadau
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