Et au bas des murs deux rangées d’étagères recouvertes de paille avec des séparations verticales pour permettre aux poules de pondre et de couver.
Quand je suis arrivé il n’y avait plus de poules, mais une bonne couche de gallinace que j’ai pu mettre au jardin, c’est à dire à l’endroit où il me semblait qu’il y avait eu un potager et que j’ai toujours actuellement.
A noter que dans les poulaillers les murs étaient de ce bleu pale que j’appelle charron, que d’autres appelle bleu pastel et que l’on trouve aussi bien sur les charrettes à bœufs que sur les volets. Mais je suis hérissé par l’utilisation qui est faire de ce mot pastel, comme du mot cocagne. Le nouveau cinéma de Lavaur s’appelle Ciné Pastel, alors qu’il est entièrement rouge Térréal. Cette référence au passé pour mythifier un supposé âge d’or est une vraie mystification puisque cette culture n’a enrichi que les Toulousains, comme le rappelle la dénomination Toulza de pas mal de villages. Et l’appellation pays de cocagne, comme une espèce d’eldorado où l’argent coulait à flot est franchement indécente. Et je ne parle pas des gaulois.
Ceci dit l’intérêt d’un poulailler me semble établi, bien que je n’ai pas de retours de ceux qui en ont, sauf mon voisin qui a des œufs certes mais aussi le renard et la route quand les poules s’échappent et ça arrive.
Evidemment rien de plus simple que d’acheter des œufs avec le salaire que vous donne le système en échange d’un travail même sans le moindre intérêt. Le salariat forme un couple imbriqué avec la consommation. Comme disait le Ford qui a crée les voitures Ford, quand je paye mes ouvriers c’est pour qu’ils achètent des voitures. Quand je dis rien de plus simple encore faut-il qu’il y ait des œufs. C’est le gros problème de la société de consommation : l’approvisionnement. Le système est toujours prêt à faire la guerre pour ça.
Et beaucoup de gens ont pris le pli. Dès qu’il y a la moindre menace ils se ruent sur les provisions sans comprendre que c’est justement leur mauvaise habitude de vouloir des rayons pleins qui crée le phénomène de manque et non pas l’absence de tel ou tel produit. Et qu’on ne me dise pas que c’est un reflexe datant de la guerre, car il ne reste pas tellement de gens qui ont connu les rationnements.
Moi plutôt que la peur de manquer, mon souci c’est de me passer de cette société de consommation.
Je me pose souvent la question de comment on pourrait atteindre une certaine autonomie alimentaire. Evidemment ça ne concerne que la campagne, c’est beaucoup plus compliqué pour la ville.
L’histoire du monde rural est extrêmement instructrice à cet égard. Certaines fermes avaient une grande autonomie. Les marchés hebdomadaires servant de lieu d’échange, une paire de pigeon contre une chemise, en passant par une monnaie en général.
Pour l’autoconsommation en fait il y a deux aspects la production et la conservation. L’énergie peut en grande partie provenir du bois pour le chauffage et la cuisson et l’eau de puits et de citernes. Pour ce qui se conserve il y a d’abord le blé, les fruits secs comme les noix, certains légumes comme les pommes de terre ou les courges. Oh tout ça ne se conserve pas très longtemps, mais le souci c’est de faire la jointure annuelle. Les grandes famines ont lieu à la fin de l’hiver quand les provisions s’épuisent et les nouvelles productions ne sont pas encore là. C’est probablement dans ces occasions que des gens ont essayés de manger des choses inhabituelles, écorces, plantes, champignons avec des désagréments digestifs dont certains mortels. C’est peut-être de là que vient la découverte des champignons vénéneux.
Par contre il est sûr que nous avons perdu beaucoup de savoirs et d’expérience dans ces domaines et qu’il nous faudrait les redécouvrir, y compris pour la faune, c’est-à-dire les animaux dits sauvages qui peuvent fournir une partie des besoins.
En introduisant le concept de nécessité Il est du coup beaucoup plus facile de comprendre la notion de braconnage qui trop facilement qualifié de vol était souvent une opération survie.
D’ailleurs cette notion de nécessité existe encore dans le droit et les avocates des écureuils de l’A69 s’en sont servis souvent avec succès. Ceci dit il est clair que de nos jours, en France, le braconnage ne relève presque plus de la nécessité, mais certaines pratiques de chasses pour alimenter les boucheries charcuterie des villes relèvent du même principe.
Pour en revenir à lune certaine autonomie, le poulailler s’impose comme une évidence, au moins sur le papier. Des œufs presque toute l’année, du poulet à condition de mettre un coq, une alimentation à base de grains assez faciles à stocker et un fertilisant utile au potager. Les constructions et le parcours peuvent être modestes. Mais il convient d’avoir un lieu fermé et sûr au moins pour la nuit.
Je me souviens de ma grand mère appelant la basse cour « pouleu pouleu pouleu » pour leur jeter les épluchures et les côtes de melons. D’ailleurs cette partie de l’habitation s’appelait la cour des poules. Et le soit elle rentrait les poules et nous on allait se coucher.
Est ce que l’on peut imaginer des poulaillers….
Michel Costadau
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