C’est l’état d’esprit de beaucoup de personnes qui ne se sentent pas bien dans le monde actuel. Pour certains ça se traduit par une rébellion qui en général se retourne contre eux, mais qui peut donner une aura appréciée. Pour d’autres par une prostration qui les réduit au silence. Pour d’autres encore par un militantisme conscient, collectif, solidaire, assez inefficace mais qui permet d’avoir une vie de groupe. Pour d’autres enfin par une réflexion et une analyse qui, même si elle n’a pas pour vertu de changer ce qui ne va pas dans le monde, permet de le comprendre afin de s’en protéger et de projeter un possible futur.
C’est un peu l’attitude que je partage avec pas mal s’amis connus ou inconnus, y compris le copain qui a bien réussi son départ.
Notons qu’un début de réflexion est souvent l’antichambre du militantisme car il pose la question de quoi faire. En effet le constat d’impuissance, qui se répand de plus en plus et l’abstentionnisme électoral en est l’illustration, est un poison psychologique puissant qui fait de nous les prisonniers d’un monde qui ne nous convient pas. Et généralement l’impuissance conduit à l’inaction.
Or l’inaction n’est pas du tout dans le registre humain et même plus largement dans ce qui est vivant, bien au contraire. L’homme passe son temps à bouger, que ce soit pour se nourrir directement comme dans le passé ou pour gagner de quoi se nourrir comme aujourd’hui.
Mais, clairement, l’esprit est aussi une composante fondamentale de l’homme, et faire marcher son esprit c’est tout simplement réfléchir. Penser et organiser sa pensée est donc une autre manière d’agir. D’ailleurs les maitres du monde actuel font tout ce qu’ils peuvent pour empêcher que nous nous mettions à penser, à réfléchir, à comprendre. C’est leur hantise principale car quelqu’un qui commence à savoir est un résistant en herbe. Alors tous les moyens leurs sont bons.
Disparition sciemment organisée de l’éducation, de l’accès à la connaissance, de l’accès à l’information. Monopolisation de l’espace médiatique par du commérage, des faits divers sans le moindre intérêt, des reportages vendeurs de rêves et d’évasion.
Et aussi surabondance de la violence avec images, témoignages, commentaires, pleurs et complaisance pour baigner le quotidien de chacun dans un polar noir et défaitiste. Mélange constant entre pub et fausses nouvelles, brisant les limites de la réalité que l’on peut voir de sa fenêtre pour créer un extérieur hostile et malveillant.
Et encore distillation du besoin d’être protégé, induisant l’acceptation de la surveillance, du contrôle, du fichage.
Tout cela est clairement organisé soit disant indépendamment des forces politiques censées nous représenter, mais en fait avec leurs acceptations, leurs accords et même leurs encouragements.
C’est pour cela que partager cet état d’esprit avec d’autres est très important. Car hélas, la plus part des gens ont l’habitude de cacher leur réalité, de l’enjoliver, en gros de se fermer les yeux. La guerre est un phénomène extérieur et lointain, les inondations c’est la faute de ceux qui ont construit là, les accidents c’est pas de bol et celui qui gagne au loto c’est du bol.
Je me demande s’il ne serait pas plus judicieux, quand les gens se voient, non pas de dire ça va ? oui ca va, mais plutôt de parler des problèmes rencontrés soi même, la famille, les proches, les collègues. En fait ce n’est pas normal d’aller toujours bien, de n’avoir jamais de soucis, de croire que les autres vont bien, de ne pas avoir d’inquiétudes au boulot., ni de soucis avec les enfants.
Et pourtant d’un seul coup on découvre qu’un tel divorce, qu’un autre est licencié, qu’un autre se prive de distractions pour pouvoir payer son loyer et qu’un autre est très mal à l’aise avec les émigrés.
C’est vrai que les hommes et les femmes sont endurants, préférant se taire que se répandre en jérémiades. Bien sûr on en connait beaucoup qui sont toujours à se plaindre, à récriminer. Ils sont lassants. Cependant, accumuler sans rien dire les états d’âme, les reproches, les situations mal vécues ou les propos désapprouvés conduit à une explosion qui surprend et se trouve presque décrédibilisée par sa violence inattendue. Et donc accumuler sans réagir est certes une grande force morale mais crée une pression interne croissante qui peut jaillir comme une éruption volcanique avec une dévastation liée à son caractère imprévu.
Je ne dis pas qu’il faut parler systématiquement de ses sentiments ou de ses problèmes, mais seulement admettre que ce que l’on ressent ou vit peut concerner d’autres personnes, au moins dans …….
Michel Costadau
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