Mois : septembre 2018

  • Wiener2

    Wiener2

    Une fois résolu le problème des clés il en reste bien d’autres dans le domaine du rangement. En particulier le problème de la place. Vous connaissez sûrement le théorème qui dit : les objets ont tendance à occuper tout l’espace disponible d’une habitation. Et il n’y a que deux manières de contourner cette loi : ne mettre strictement rien, ce qui donne ces appartements aux pièce vides dans lesquelles la télé paraît gigantesque, mais où l’on a du mal à se sentir bien parce qu’on se croirait dans un musée, ou alors réduire et limiter l’espace.  Ce qui veut dire habiter petit, sans dépendances, ni hangars, ni greniers, ni combles, ni cabanes et c’est la solution recommandée. A ceux qui ont l’impression que l’on pourrait, du coup, se sentir à l’étroit, je me permets de faire remarquer que les objets vraiment utiles sont en très petit nombre, et que le reste : tondeuse à réparer, bobine de cuivre de récupération, fauteuils fragiles et trop bas pour pouvoir se relever mais venant de sa tante, canne à pêche qui n’a jamais servi sont purement et simplement des encombrants qui ne trouvent une place que parce qu’il y en a en trop. C’est clair.

    N’oublions pas que nous sommes une minable société de consommation dont la plus grande partie est complètement inutile. Mais continuons.

    Dans « l’art de rendre l’action efficace », après le rangement nous avons évoqué l’interruption et la réflexion. L’interruption est une notion double puisqu’elle concerne aussi bien le fait d’être interrompu pendant que l’on fait quelque chose, genre livraison d’une commande pendant qu’on est sous la douche, que le fait d’arrêter à temps une action qui part en quenouille. Cette affaire de comment se rendre compte que l’on est en train de se fourvoyer et de la prise de décision d’arrêter les dégâts, est de la plus grande importance tant il est souvent difficile de distinguer la persévérance de l’obstination. Et ça concerne aussi bien la poursuite d’un boulot ou d’une tâche qui nous sort par les yeux que le projet de construire une table finalement trop grande pour la pièce où l’on veut la mettre….et qu’il aurait mieux valu ne pas commencer. Souvent ce genre de situation est créé par une décision impulsive prise avec un certain courage et du style passage à l’acte mais manquant de maturité. Allez je vais tailler les arbres, ah bon. Allez je vais isoler les fenêtre, ah bon, allez je vais changer le tuyau du gaz, aïe. Il y a des gens qui font ça très bien pour un prix somme toute modique par rapport à la galère générée. Quand au fait d’être interrompu pendant que l’on fait quelque chose, ça se gère avec la notion que tout ce qui est fait n’est plus à faire. Ce qui veut dire qu’il faut en général accepter les interruptions, en particulier dans le travail de bureau. Si quelqu’un vient vous voir ou vous téléphone pour traiter un problème, faites une rapide priorisation et acceptez de vous interrompre. La raison en est que si vous reportez le problème à étudier, la prochaine fois ça tombera peut-être encore plus mal, ce sera reporté et voire jamais fait. L’erreur classique est de refuser l’interruption au prétexte que l’on est occupé, qu’on n’a pas le temps et que c’est important. Soyez lucides, il est extrêmement rare que vous soyez vraiment en train de faire un truc important, alors soyez disponible c’est plus réaliste. Mais le temps passe et pour ce qui concerne  la réflexion, on verra ça la prochaine fois.

    Michel Costadau

  • Wiener

    Wiener

    Y a un truc qui m’a toujours passionné c’est « l’art de rendre l’action efficace ». Le concept est ancien, mais c’est Norbert Wiener qui a développé cette notion en unifiant les sciences avec ce qu’on appelait, dans les années 60, la cybernétique. Bon ce n’est pas la cybernétique qui m’intéresse, mais directement l’application de cet art à la vie quotidienne, c’est-à-dire à notre fonctionnement de tous les jours. Comment faire pour que nos actions soient le plus efficaces possibles, c’est-à-dire avec le maximum de résultat pour le minimum d’effort.

    Et le premier ressort de cet art est la paresse, c’est-à-dire pourquoi faire quelque chose qui ne sert à rien. Et, constatation évidente, cela arrive plusieurs fois par jour. On passe voir quelqu’un sans avoir pris la précaution de savoir s’il était chez lui, ou bien on plante une cheville qui ne tient pas, on déplace le trou, re-belote, on se pose des questions et le temps passe. Vous allez me dire que le temps perdu n’est pas forcement très grave. Ca se discute.

    Le deuxième ressort c’est le rendement de l’effort, là on est vraiment dans l’efficacité. Il est clair que, fait dans les meilleures conditions, un même geste a un résultat décuplé. Les exemples ne manquent pas. Une scie qui ne coupe pas bien demande un effort gigantesque pour un piètre résultat. Une réunion peut facilement partir en vrille et manquer totalement son objectif à supposer qu’il y en ait eu un. Bien sûr l’effort inutile n’est pas complètement sans intérêt ne serait-ce que pour faire de l’exercice.

    Le troisième ressort c’est l’adéquation de l’action avec le but recherché. C’est peut-être un peu plus compliqué à expliquer, parce que le fait que nos actions doivent avoir  un but clair n’est pas si évident que ça. Se raser tous les matins se fait beaucoup plus par habitude que par nécessité, d’où les alternatives : barbes ou simplement mal rasé. Cela dit, être bien rasé pour un rendez vous, ça c’est un objectif. Mais on n’a pas des rendez-vous tous les jours, à part avec soi-même. Bigre.

    Alors au-delà des ressorts on peut essayer de donner quelques indications pour optimiser nos efforts.

    J’en vois déjà trois. D’abord la réflexion, puis l’interruption et surtout le rangement.

    On va commencer par ce dernier terme. Le rangement est la base de toute efficacité. La loi du rangement est simple : on remet chaque chose à l’endroit où on l’a prise. Ce n’est pas du tout synonyme d’ordre ni d’alignements, parce que vous pouvez très bien avoir une truelle à côté de ciseaux, du moment que, quand vous vous servez de la truelle vous la remettiez à côté des ciseaux. Cela est capital, parce que la recherche d’objets, particulièrement d’outils, est une grande consommatrice de temps. Attention il y a des cas tordus. La plupart des gens utilisent une clé pour entrer chez eux, et une fois entrés, la clé à la main, ils la posent sur le premier meuble de la maison, ou bien, cas fréquent, ils la gardent à la main pour la poser dans la cuisine, ou dans la chambre. Et là vous pouvez dire qu’elle est perdue. Edith a une solution simple pour ce genre de cas : les clés sont attachées à un mousqueton dans le sac à main. On ne les détache pas, on les sort du sac et elles y retournent. Moi, je range mes clés dans……, gloups, je vais pas dire où je range mes clés quand même. Bon tout ça est très intéressant mais on va s’arrêter pour aujourd’hui et y revenir plus tard.

    Michel Costadau

  • Fumée

    Fumée

    Quand on a froid, on chauffe et quand on a chaud on refroidit. Ca parait trivial mais ce n’est pas aussi anodin que ça. En moyenne chauffer consiste à brûler. Cependant brûler a des conséquences sur l’atmosphère, soit par des gaz, soit par des particules et aussi avec des effets secondaires comme l’effet de serre.  Mais il y a diverses techniques pour brûler et certaines sont vraiment moins perturbantes, comme de brûler du bois très sec ou d’éviter les incendies de forêt , et surtout ne pas les provoquer.

    Et refroidir alors. Ben refroidir a des conséquences carrément néfastes. D’abord parce que refroidir se fait majoritairement avec de l’électricité, qui est transportée et stockée et qui, pour être produite, brûle elle aussi mais avec un rendement assez catastrophique. Ensuite parce que la technique pour refroidir consiste à réchauffer quelque chose : air, eau, terre. Et donc refroidir consiste à réchauffer, ce qui vous l’avouerez est assez paradoxal et franchement mauvais pour le bilan.

    Il faut donc bien distinguer les deux mécanismes. Se chauffer est une activité ancienne et qui d’ailleurs se trouve dans la nature. Par contre refroidir les habitations, les voitures voire des lieux publics est assez nouveau et il existe peu de choses similaires dans la nature. Dans le végétal il existe quelques stratégies  contre la déshydratation et dans le monde animal il y a quelques tactiques pour refroidir, comme la langue des chiens ou les oreilles des éléphants, mais ça reste assez limité. La pratique animale la plus efficace consiste à monter en altitude pour trouver la fraicheur.

    Et en ouvrant les yeux on s’aperçoit que les moyens que notre civilisation a choisis pour refroidir relèvent complètement de la logique du système actuel. Et cette logique est celle de la guerre. On va combattre le chaud, on va éradiquer le chaud, on va vaincre le chaud. Et pour ça tous les moyens sont bons. Y compris de réchauffer. A aucun moment ne se pose la question d’essayer de refroidir sans réchauffer, ou d’utiliser du chaud pour faire du froid.

    Et le plus fort c’est qu’il existe des solutions techniques. Par exemple, des matériaux que l’on fait  changer d’état avec le froid et qui restituent du froid quand il fait chaud. C’est le principe du glaçon si vous voulez. Et bien sûr l’isolation et aussi des calculs de ventilation entre le bas et haut pour récupérer de l’air frais et le faire remonter dans les pièces à vivre. Mais tout cela reste confidentiel et, bien au contraire, que ce soit pour les maisons, les bureaux, les voitures c’est l’air conditionné qui est de base, ce n’est pas une option. Il suffit de parcourir les villes pour sentir dans les jambes de fort courants d’air chaud qui ne proviennent pas de la moindre cheminée mais des climatiseurs. Il fait chaud et en plus on en rajoute. Et nous avons un classique cercle vicieux puisque comme on a l’idée  qu’il va faire de plus en plus chaud on s’équipe de plus en plus de climatiseurs qui sont en fait des réchauffeurs. C’est une fois de plus le PIB = vendre des clims contre le climat = on verra plus tard. Et l’on comprend pourquoi le soi-disant combat contre le réchauffement climatique est une vaste fumisterie. Je ne m’attendais pas à trouver un mot aussi adapté.

    Michel Costadau

  • Pays libre

    Pays libre

    Je discutais hier soir avec trois amis et il était clair pour tout le monde que nous n’étions plus en démocratie, dénomination et fonctionnement d’un pays dans lequel la représentation parlementaire  exerce le pouvoir. Bien évidemment, tout un tas de vocables ont été évoqués : régime présidentiel, post-démocratie ou modernisation de la vie publique, mais clairement ce ne sont que des leurres qui ne convainquent personne, en tous cas pas nous. Alors nous analysions sérieusement les diverses possibilités de retour à la démocratie, avec finalement une certaine convergence, peut-être trop facile dans les moyens, qui tournent autour d’une nouvelle constitution.

    Nous en étions là quand soudain l’un de mes copains a lancé : mais nous sommes quand même un pays libre. Bloum, mon sang, c’est-à-dire mon cerveau n’a fait qu’un tour pour dire : ben non, la principale caractéristique  d’un pays libre c’est la liberté de la presse, la liberté de l’information, et chez nous la presse, la radio, la télé et internet sont aux mains des grands groupes financiers. Après, tout s’enchaîne, il n’y a pas de presse indépendante il y a les médias, à cause des médias les élections ne sont pas libres, à cause des élections le parlement n’est pas représentatif et n’a aucun pouvoir. Cqfd.

    Dans un premier temps les copains n’ont pas réagi. C’est vrai que la notion de pays libre est une notion floue qui a été forgée par la dernière guerre avec la « libération » de la France et d’un tas d’autres pays. De plus, ceux qui n’ont pas été libéré par les US mais par l’URSS ont été immédiatement qualifiés de pays occupés. Mais pas nous. Nous, coup de bol, nous avons été libérés du bon côté on pourrait dire. Voire. En définitive, la domination US n’a fait que se renforcer au cours des ans avec un modèle dit d’économie libérale qui a fait et continue de faire les plus grands dégâts jamais causés par les hommes.

    Cela dit, je suis sûr que vous pensez quand même que la liberté existe chez nous, à preuve ces billets hebdomadaires où je dis à peu près ce que je pense, et que donc nous sommes dans un pays libre. Seulement vous oubliez que presque personne ne lit mes billets et que ceux qui les lisent ont le seul choix d’être d’accord ou pas, mais que dans tous les cas ça ne change rien puisque le pouvoir est ailleurs et pas dans nos mains. Et d’ailleurs, toutes les voix discordantes ou concordantes d’opposition n’ont strictement aucune audience et n’arrivent pas à franchir la barrière médiatique. Et, au contraire, le pouvoir est littéralement porté par les médias avec un soutien sans faille.

    Et donc je dois revenir sur cette liberté de la presse. L’information dispensée par les médias est entièrement formatée autour de la violence. Tous les malheurs du monde nous sont déversés à longueur de journée, occupent nos écrans, nos oreilles et nos yeux. 99 % de cette violence est à l’extérieur, dans d’autres pays, et même à l’autre bout du monde. Quand cette violence est chez nous, elle est terrorisée immédiatement, le reste relevant de l’asile psychiatrique qui, comme vous le savez, permet d’échapper à la justice. Toutes les guerres, les viols collectifs, les accidents, les tsunamis font la une. Le monde  a été suspendu pendant trois semaines aux écoliers thaïs prisonniers d’une grotte.

    Et pourtant, pourtant, il y a des millions de français qui vont au travail, ou à l’école, ou faire leurs courses, qui prennent l’apéritif, qui vont au spectacle, à la fête, tous les jours, toutes les semaines, tous les mois, sans qu’on les force le moins du monde. Il y a des milliers de matchs de foot ou de courses cyclistes pratiquement tous les jours, avec comme seule contrainte de mouiller le maillot. Cette dichotomie a pour seul but de faire croire aux gens qu’ils vivent dans une bulle de tranquillité et de prospérité, dont le mérite revient à ceux qui nous gouvernent. Alors avez-vous vraiment besoin d’Idlib ? Moi non.

    Michel Costadau

  • Guy Phozat à l’école

    Guy Phozat à l’école

    Nous avons donc laissé Guy avec deux épines dans le pied si l’on peut dire : la prise de conscience des aspects nocifs de son don et les plantes résistantes. A vrai dire, seule la seconde épine le préoccupait, tout en le faisant rêver puisqu’il lui devenait envisageable de fouler de l’herbe ce qui, c’est vrai, est plutôt agréable.

    Mais sur ces entrefaites, Guy entra à l’école secondaire pour compléter son éducation. A vrai dire il ne savait pas grand-chose car il avait plutôt été utilisé par ses parents pour des missions d’un genre disons spécial, plutôt qu’apprendre. C’est dire que ses débuts furent assez difficiles, car les autres élèves étaient du coup plus avancés que lui. Bien entendu, assez vite cette histoire de plantes fut connue et les gamins qui, comme vous le savez, sont impitoyables, se divisèrent en deux camps, les anti Phozat et les pro Phozat. Evidemment dans leur grande majorité, les enfants ne reflétaient que l’avis de leurs parents, et donc ce n’était pas vraiment un débat d’idées mais plutôt un pugilat de cour de récréation continuel et général. Et dans cette bataille les pro Phozat se croyaient tout permis étant les plus nombreux, les plus forts physiquement et les moins indépendants de leurs parents c’est-à-dire avec le moins d’idées propres et donc le moins susceptibles d’en changer.

    Pour ajouter à la confusion, les enseignants se trouvèrent rapidement mêlés à la dispute. Mais là le rapport de force était inversé, les anti-Phozat étant non seulement les plus nombreux, mais aussi les plus armés techniquement avec beaucoup d’études à l’appui.

    Nous avions donc une situation extrêmement paradoxale. D’un côté les moins instruits c’est-à-dire beaucoup d’élèves et leurs parents en général guère plus instruits que leurs enfants mais de beaucoup les plus vindicatifs, tenant Phozat pour un bienfaiteur de l’humanité, et de l’autre coté ceux qui avaient la connaissance et les données techniques, essayant de se faire entendre par des discussions, des explications, des articles. Mais convaincre des endoctrinés c’est, vous le savez, très difficile.

    Cependant, quelques anti-Phozat eurent l’idée de tendre un piège à Guy. Comme Guy était assez grand de taille, ils lui demandèrent d’aller, nuitamment et sans bruit, chercher un sac de billes qu’ils avaient préalablement mis sur un toit. Pour Guy, l’opération était assez simple il suffisait de monter sur des bacs puis sur le toit et de redescendre avec le sac. Ce qui fut fait. Le sac de billes fut distribué et il fut félicité par ses comparses. Et tout le monde alla dormir.

    Las, le lendemain matin des cris retentirent dans la cour : « mes fleurs », « mes fleurs ». C’était la femme du proviseur qui pleurait après ses fleurs que quelqu’un dans la nuit avait piétinées et certainement arrosé d’un produit qui les desséchait rapidement. Un nom fleurit bientôt sur toutes les lèvres, c’est Phozat, c’est Phozat et il ne mit pas longtemps à être confondu.

    Evidemment, le proviseur qui tenait plus à sa femme qu’à ses élèves prononça le renvoi immédiat et définitif de Guy. Ainsi Guy ne fit-il qu’un passage éclair à l’école. Ce qu’il retint quand même c’est que l’instruction donne trop d’idées aux gens et qu’il vaut mieux un monde d’ignorants.

    Michel Costadau