Mois : mars 2018

  • Euro 20

    Euro 20

    Allez, fini les rêveries ; on revient dans le dur, c’est-à-dire la politique, pour faire un petit balayage des 20 pays de la zone euro. C’est pas reluisant du tout. Je vois quand même six démocraties : Allemagne, Belgique, Grèce, Irlande, Italie, Portugal, mais trois pays voyous : Chypre, Luxembourg, Malte, un Etat religieux : Vatican, quatre Etats fascisants : Espagne, France, Lettonie, Lituanie et six pays populistes : Autriche, Estonie, Finlande, Pays-Bas, Slovaquie, Slovénie.
    Je suis sûr que vous êtes d’accord avec moi, mais je vais quand même vous donner quelques éléments.
    Quand je parle de démocraties je veux dire des pays où le parlement a le pouvoir, ou tout au moins compte beaucoup. Les bons exemples en ce moment sont évidemment Allemagne, Italie et Portugal. Parce que, ce que les médias nous décrivent comme blocages et impuissance sont seulement les nécessaires discussions entre représentants des diverses sensibilités de la population. Eh oui la population est partagée. Elle à le droit d’être représentée dans sa diversité et tous les mécanismes pour masquer cette réalité sont du domaine du fascisme. Cqfd. Certains ont des préventions à l’égard de la Grèce au prétexte qu’elle pactiserait trop avec le système. Ce n’est vraiment pas sérieux car tous les pays d’Europe non seulement pactisent, mais ont tous ce que j’appelle la religion du PIB. On y reviendra.
    Pour les Etats voyous, y a pas photo. Soit pour le blanchiment, soit pour les mafias, soit pour la corruption, ou pour les trois mon général, ce sont de tristes Etats dont personne n’est fier, mais dont tout le monde se sert.
    L’Etat religieux est une honte, sans commentaire.
    Les Etats fascisants dont nous faisons partie sont ceux qui ne jouent plus le jeu démocratique et sont aux mains de castes qui exercent un pouvoir presque sans contrôle. On peut aussi les caractériser par le fait que toute la classe politique et donc tous les partis sont très à droite, même ceux de gauche je veux dire. L’Espagne, en plus, montre une grande collusion entre l’exécutif et le judiciaire, indiquant bien ainsi qu’elle n’a pas digéré le fascisme franquiste et, à preuve, nous joue une pièce minable avec la Catalogne.
    Les Etats populistes sont des pays encore un peu démocratiques mais où les sentiments xénophobes de la population sont exacerbés et utilisés au lieu d’être discutés et contrebalancés. Dans ce cas ce n’est pas l’opinion qui gouverne, c’est la rumeur. En plus ils sont assez petits, avec des atouts touristiques exceptionnels, mais une histoire récente  très tourmentée.
    Au total, bien maigre bilan et en plus comme je l’ai dit tous ces 20 pays de la zone euro sont à fond dans le système. Et quand je parle de religion du PIB, c’est pour dire que toute l’action politique n’a qu’un seul but :  favoriser le développement de la finance. D’ailleurs il n’existe plus en Europe de partis en rupture avec le capitalisme, il n’y a que les habillages de la collaboration. Notons aussi que tous les dirigeants de tous ces pays ont une propension à savoir ce qui est bon pour la population, sans jamais tenir compte des mouvements, manifestations, pétitions, propositions, associations de ladite population. C’est de la science infuse ou …. du mépris.
    Maintenant si nous restons 5 minutes en France, nous pouvons constater que toutes les prétendues réformes gouvernementales ne sont que des leviers pour développer le business. Privatisations, dérégulation, allègement de la protection sociale, sabordage de l’école, utilisation de la pollution  et de normes comme arguments pour renouveler les véhicules, les installations industrielles ou agricoles. Tout est bon pour alimenter l’ogre dévorant de la croissance du PIB, qui aurait c’est vrai beaucoup de mal à progresser sans le soutien sans faille de nos classes politiques. C’est ça l’Euro.
     Michel Costadau
  • Questionnement

    Questionnement

    Je suis certain, même si vous ne le dites pas, que vous vous posez des questions, que vous avez des interrogations qui traînent comme ça dans vos têtes. Et vous avez raison. Je vais juste contribuer en vous donnant quelques unes des questions que je me pose moi aussi, auxquelles  je n’ai pas la réponse et qui n’en ont d’ailleurs peut-être pas. C’est du vrac. Y a pas d’ordre.
    Q1 : depuis l’origine de l’humanité, combien est-il né d’êtres humains et combien sont morts. Ce nombre de morts est-il supérieur ou inférieur à la population actuelle. En gros, est-ce que nous avons une parenté de plusieurs milliards ou dizaines de milliards de prédécesseurs qui sont déjà passés sur terre ou au contraire sommes nous le gros de la troupe ?
    Q2 : homme et femme sont les versions sexuées de l’espèce humaine, rien de compliqué. La question c’est : est-ce que la connaissance et la maîtrise actuelle des moyens de procréation  n’auraient pas tendance à faire que se profile une évolution distincte homme et femme, qui deviendraient alors deux espèces et non plus la même. Les femmes ne produisant plus alors que des femmes. La question se pose aussi de savoir si les mécanismes de reproduction sexués sont une bonne évolution de la vie ou une voie de garage ?
    Q3 : l’univers semble avoir deux extrémités qui ne sont pas de même nature, d’une part une origine il y a longtemps par une espèce de naissance explosive, et d’autre part un gigantesque volume actuel dont on ne connaît pas très bien la limite. Du côté de l’origine, la question pourrait être : y a-t-il un avant ce point de départ. Pour ça j’ai un semblant de réponse qui est qu’il n’y rien avant parce que le temps qui nous sépare de cette origine est, en fait infini, c’est-à-dire qu’on peut s’en rapprocher autant qu’on veut mais on n’y est pas encore, comme si le temps s’allongeait plus on s’en rapprochait. C’est une image bien sûr, mais en gros l’origine en question est très très très loin. Et puis c’est du passé et même si la compréhension de l’avant aide à comprendre l’après, ça ne changera pas la situation actuelle. Par contre, pour l’autre extrémité c’est plus embêtant et se pose la question de l’au-delà, pas le religieux mais le spatial. Les théoriciens nous disent que l’univers construit son propre espace pour dire que l’univers occupe toujours tout l’espace existant. Mais quand même la limite en question est liée au temps, c’est-à-dire  que l’âge et la distance sont une seule grandeur. Je ne suis pas tout à fait convaincu et je me demande quand même s’il n’y  a pas une frontière.
    Q4 : même isolés, les humains ont eu une évolution similaire. Par exemple le langage et l’écriture sont nés à plusieurs endroits en même temps et ont donc donné des langues et des écritures différentes. De même la phase médiévale avec seigneurs de la guerre, châteaux forts et servage a eu lieu un peu partout. Et ces diverses émergences se sont fécondées les unes les autres. Or maintenant nous n’avons plus qu’une seule civilisation écrasante et dominante sur terre, certes avec des survivances archaïques à pas mal d’endroits, mais qui sautent beaucoup d’étapes d’évolution que nous nous avons connues. Alors je me demande si cette unicité, cette réduction,  ne comporte pas une tendance à le stérilisation par manque de diversité.
    Q5 : il y a une situation paradoxale avec le vivant, parce que d’une part la durée de vie de chaque individu est assez courte, mais par le mécanisme de la reproduction notre espèce a une sorte de continuation qui pourrait durer longtemps. Comme une tendance à l’éternité. Par contre, notre planète et même l’univers, eux, ne sont pas vivants, il sont uniques avec un destin qu’on ne connaît pas trop mais qui ne comprend aucun mécanisme de reproduction. La question c’est pourquoi cherche-t-on de la vie, c’est-à-dire d’autres vies, dans l’univers. Euh pas moi, mais il y en a qui s’intéressent à ça. Alors ils cherchent de l’eau ou des protéines. Ma question c’est, chercher une vie assez semblable à la nôtre me paraît enfantin, parce que ce n’est pas les protéines qui nous caractérisent mais la notion d’éternité, ou plutôt de temps long, que je viens d’évoquer. Est-ce qu’il y a d’autres choses qui se reproduisent elles-mêmes dans l’univers, ça c’est une question.
    Bon tout ça en va pas vous empêcher de dormir. A suivre.
    Michel Costadau
  • Service Public

    Service Public

    Ouaouh le scoop des scoops, je l’ai. Je peux pas résister. Je vous le livre. Les cheminots ont proposé d’abandonner leur statut si, en échange, le gouvernement rétablissait le service public dans le transport ferroviaire. Wouf.
    Là en l’occurrence c’est mon copain des chemins de fer qui m’a donné l’info. Le vote a eu lieu hier soir en assemblée intersyndicale à Saint-Pierre-des-Corps, avec 577 délégués des huit syndicats de cheminots.
    Pour surprenante qu’elle soit, cette proposition ne manque pas d’une certaine habileté. D’abord cette mesure est généreuse. Et le service public est vraiment une chose à laquelle tout le monde est sensible. Or en ces temps de repli sur soi et de manipulation de la population, une telle  bouffée d’air est la bienvenue. Je suis sûr, et eux aussi, qu’elle sera appréciée par l’opinion.
    Ensuite, le service public, vous savez c’est exactement comme la Poste. Toutes les gares doivent avoir une desserte par train ou par route mais dans la continuité et la régularité. Ça veut dire aussi ne plus supprimer de gares bien sûr, car le rail peut jouer un grand rôle dans le transport du quotidien. Là où c’est assez bien joué c’est que ça n’implique pas du tout un quelconque monopole de la SNCF ou de Transdev. Au contraire tout le monde est utile dans le service public et en plus il y a du travail, du vrai.
    En ce qui concerne l’abandon du statut, la mesure est elle aussi intéressante car presque tous y gagneront une légère augmentation de salaire. Le seul point, apparemment avantageux, qu’ils abandonnent, c’est la progression liée à l’ancienneté. Ah ! l’ancienneté.
    Vous le savez la vision capitaliste des salaires c’est de démarrer au smic à 20 ans et de finir … au smic à 60 ans. Seulement, cette vision a un gros défaut c’est qu’elle est clairement démotivante. Alors le système a cherché à donner un peu d’attrait au parcours en inventant la notion de plan de carrière, d’échelons, de primes, d’indices, de bonus et même Sarko a essayé une motivation à gagner plus. En fait le mécanisme de l’avancement à l’ancienneté  est assez général et a le mérite d’empêcher ceux aux dents longues de marcher sur la tête des autres. Ce n’est pas la panacée mais ça intervient dans presque toutes les entreprises et aussi dans la fonction publique.
    Bien sûr le système prône tant qu’il peut l’avancement au mérite. Mais on ne sait plus très bien ce que ça veut dire parce que entre le mérite et le piston il y a une relation que l’on pourrait qualifier de mécanique. C’est vrai qu’aujourd’hui l’avancement se fait principalement en changeant de boîte, mais surtout il se fait de moins en moins, car au final c’est bel et bien l’esprit capitaliste qui a gagné avec la notion de salarié variable d’ajustement, c’est dire le salarié jetable. Surtout le moins qualifié, ce qui est devenu la production principale de l’Éducation ex nationale. Vous savez il y a une logique dans tout ça, et je ne me lasse pas de vous l’expliquer. Et c’est exactement ce qui arrive aux cheminots et leur réaction est vraiment bien.
    Maintenant il faut que vous sachiez que ça fait deux ans pile que je vous envoie un billet chaque semaine. Deux ans ça se fête. Et en ces temps où les news ne sont pas toujours vraies je vous devais bien ça pour cet anniversaire.

     Michel Costadau

  • Non-droit

    Non-droit

    Que peut bien être un « espace de non-droit ». Est-ce par exemple un chantier, une usine où les travailleurs ne sont pas déclarés : eh non. Euh une cité où les dealers font la loi et où la police ne vient plus : non pas du tout. Alors une route où les conducteur ne respectent pas les règles de circulation : non plus. Ou une association, un groupe de personnes au sein duquel les femmes ne sont  pas considérées à égalité des hommes voire harcelées : non pas du tout. Ah oui, c’est quand notre armée bombarde des hôpitaux : non, non et encore non.
    Non, pour nos gouvernants, une zone de non-droit c’est la ZAD de NDDL ou la ZAD de Roybon.
    Les ZAD voilà l’ennemi. Et pourtant il est clair que ces lieux sont surtout des espaces de création, de travail, de concertation et de réflexion. On y reviendra.
    Seulement ce sont aussi des espaces de résistance collective et je suis sûr que c’est ça le caillou dans leurs chaussures, pointues au demeurant.
    Et du coup, en réfléchissant à cette notion de résistance, je me suis rendu compte qu’elle était beaucoup plus répandue que je ne pensais. Eh oui chacune de nos maisons, de nos couples, de nos journaux, de nos familles, de nos sites, de nos réunions, sont de vrais lieux de résistance car on n’y pratique pas les valeurs du système mais la discussion, le respect, l’initiative et le partage. Et la réflexion.
    En quelque sorte nous avons disséminé des ZAD partout où il y a des personnes qui ne pensent pas comme eux. Et les ZAD physiques comme Sivens ou NDDL sont la concrétisation, le passage à l’acte comme disent les psy, de notre esprit de résistance. Et c’est donc à cette occasion que le système frappe. Bien sûr les zadistes savent qu’ils se mettent en première ligne et ne sont pas surpris de prendre des coups. C’est pour ça qu’en général ils sont jeunes et en pleine forme mais bien soutenus par des plus âgés.
    Cependant on pourrait croire que résister seulement dans sa tête, dans son cercle privé et entre amis ne gêne pas le système. Eh bien si, parce que c’est là que se forgent les idées et les méthodes de la résistance. Comme par exemple le respect de la nature, les actions coopératives et volontaires, les pseudo-monnaies, les alternatives à la consommation …. et le non-vote qui me paraît de plus en plus être une arme que nous devons développer.
    En fait, quels sont les comportements de démarcation des acteurs dans les ZAD ?
    D’abord le refus de la société marchande, c’est-à-dire celle ou l’argent permet de tout vendre et tout acheter. Les zadistes ont supprimé le pouvoir de l’argent. C’est un point fondamental. Ensuite le binôme de fonctionnement entre la liberté individuelle et les formes coopératives. Cela permet des échanges et l’entraide sans la notion de réciprocité, mais avec celle de don et de gratuité. C’est une forme nouvelle entre l’association et l’individu. Autre point caractéristique, l’absence de carcan conduit à un nomadisme important, l’expérience étant appréciée et volontiers partagée. Et l’envie de bouger est naturelle chez l’homme.
    Paradoxalement, la forme des actions revêt aussi le contraire du militantisme qui se caractérise par une dichotomie entre un statut de dominé et des revendications de libération. Non, dans la zad personne n’est enchaîné à son destin. C’est par le rayonnement de son être que se forgent de nouveaux rapports aux gens et aux choses. Autre élément un peu paradoxal, la faible fréquence des grandes réunions. Non pas qu’il n’y ait pas de problèmes à résoudre, loin de là, mais surtout parce que cette notion d’AG permanente ou de vote sur les grèves ou les actions, appartient au passé et porte encore en elle le mécanisme de la prise pouvoir par quelque uns, ce qui est exactement le contraire d’une ZAD. Dans une ZAD personne n’a de pouvoir pour que chacun en ait un peu.
    Une ZAD est donc avant tout une zone de liberté. Ceux qui veulent nier cette réalité ont déjà perdu la bataille de la communication. Clairement, c’est nous qui construisons le nouveau monde alors que la caste le détruit. Et en plus on fait ça gratuitement.
    Michel Costadau