Mois : février 2017

  • L’affaire Macron

    L’affaire Macron

    Je crois qu’au début j’étais comme vous, complètement paumé. Mais d’où sort donc ce loustic que tous les médias encensent à qui mieux mieux. On ne peut plus ouvrir le moindre journal sans tomber sur sa photo, sur ce qu’il a dit, où il a été, ce qu’il a fait ou pas fait. Ce n’est plus la coqueluche de la télé c’est du bourrage, une espèce de pub permanente comme dans le métro.

    Et en plus j’étais très mal à l’aise parce que c’est le blackout sur ce qu’il pense, sur ce qu’il dit, sur le contenu de ses discours, à croire qu’il ne dit rien ou qu’il ne faut pas savoir ce qu’il dit. Il paraît qu’il dit je vous aime, je vous ai compris ou alors de gros bobards comme le crime contre l’humanité du colonialisme, sûrement qu’il voulait dire que le  capitalisme était un crime contre l’humanité mais peut-être qu’il s’est mal exprimé.

    De plus son look, aussi, me rend mal à l’aise. Enfantin, yeux vagues, angélique, le sourire de Carpeaux, exactement l’anti-image des grimaces de Trump et pourtant.

    Donc voilà, paumé et mal à l’aise. Mais quand même je réfléchissais, je regardais, je cherchais.

    Or il se trouve que je lis Le Monde, bien qu’avec dégoût de temps en temps. Il se trouve aussi que c’est Orange mon fournisseur d’accès. Et enfin il se trouve que je regarde Sputnik.

    Pour mémoire, Le Monde est un quotidien généraliste assez porté vers Israël, Orange c’est France Télécom, et Sputnik c’est l’agence de presse du Kremlin.

    Bien, qu’est-il sorti de tout ça ? Ce qui en est sorti je vous le donne en mille c’est Orange Bank.

    Tilt !

    Macron, ancien banquier de Rothschild & Cie, ministre de l’Economie pendant quatre mois pour faire une loi sur les banques et les professions libérales. Macron candidat des banques.

    Fallait oser, mais ils l’ont fait. L’homme sandwich des banques c’est lui. C’est le candidat des affaires, de la finance et tout s’explique.

    Tiens justement, c‘est la finance qui détient les médias. Alors les médias matraquent et en rajoutent. Macron candidat des médias.

    Tiens, le PS c’est le bon plan pour lui, non pas qu’il ait la moindre idée socialiste, mais c’est l’accaparement du centre qui l’intéresse, car comme tout extrême droitier qui se respecte il veut qu’on le croie au centre. Sauf que le centre c’est nulle part ça n’existe pas, c’est une illusion. Macron candidat du centre.

    Tiens aussi, l’engouement de pas mal de députés PS, la moitié je dirais, ben c’est une assurance-vie pour leur réélection. Ces députés-là n’en sont pas à un grand écart près. Comme ça sent le roussi du coté PS/LR ils se rangent derrière l’homme de la situation. Et ce sauveur eh bien il n’est évidemment ni de droite ni de gauche ni d’ailleurs. Il est celui qui va permettre leur réélection et ça vaut tous les sacrifices. Macron candidat des députés.

    Candidat de la finance, des banques, des médias et des députés ok, Sputnik j’ajoute et du Medef. Ca se tient. C’est vrai que personne ne parle du Medef en ce moment, ils se font tout petits mais puisqu’ils ont leur candidat, pas besoin de se montrer. Macron candidat du Medef.

    Comment cela va-t-il tourner ? Bien sûr je ne suis pas le seul à avoir démasqué cette candidature, beaucoup vont le faire et beaucoup vont s’en éloigner. Ce qui veut dire que Macron n’a aucune chance d’être élu. Alors que cherche-t-il ? La réponse est simple : il veut, ou plutôt ils veulent, un nouveau parti et avec des députés. Parce que il y a beaucoup de nouveaux partis mais ils n’ont aucun député. Alors est-ce la fin de l’hégémonie PS/LR ou une nouvelle hégémonie newPS/newLR ? On le saura bientôt.

     

    Michel Costadau

  • La droite catho est plus dangereuse que la droite frontiste

    La droite catho est plus dangereuse que la droite frontiste

    Ce n’est pas un billet très cool.

    Cela dit n’allez pas me faire dire ce que je ne pense pas : bien sûr que toutes les droites sont dangereuses mais oui la droite catho est plus dangereuse que la droite frontiste ! Pour analyser cela il faut distinguer plusieurs plans. D’une part le programme, d’autre part la base électorale et enfin les réseaux.

    Sur le programme, hélas, il n’y a pas grand-chose à dire. La droite catho a en partie copié le programme FN et pour le reste on brode des deux côtés avec des généralités sur le nationalisme, l’Histoire et les nécessaires efforts. Pas de quoi rêver. De toutes façons, vous le savez, les programmes sont faits, seulement, pour attraper des électeurs et en aucun cas pour être une feuille de route. Ils sont donc accrocheurs ou provocateurs à souhait mais ils ne veulent rien dire. C’est les soutiens auxquels on donne le pouvoir en choisissant un candidat qui comptent.

    La base électorale est déjà plus parlante. L’électorat catho est basiquement bien pensant, avec des jeunes issus des mouvements de jeunesse d’origine paramilitaire ou d’associations semi-religieuses et des adultes bourgeois et conservateurs. Et même pour une bonne partie ultraconservateurs sous le couvert de Bayrou, Longuet ou Giscard. Evidemment la droite catho est située à droite de la droite républicaine mais entretient une inversion de positionnement en cherchant à être au centre. Pour y voir clair, il faut comprendre que le label  « I » comme indépendant est celui de la droite catho. De plus, la droite catho a aussi son fond de petites gens en ascension sociale, ou ses pauvres si vous préférez. Ceux-là, souvent de milieu rural, votent à droite pour faire comme les gens biens, qui sont cependant ceux qui les exploitent.

    L’électorat frontiste est beaucoup plus populaire et n’a pas de marqueur rassembleur comme la religion. Sa base électorale, à l’origine anciens combattants et pieds noirs a beaucoup changé depuis 30 ans, pour aller vers commerçants, fonctionnaires, employés, les petits en fait.  La notion la plus partagée est le sentiment d’exclusion. Le parti leur tient lieu de communauté avec une forte sensibilité laïque. Et cette sensibilité laïque se mélange au sentiment de frustration pour donner une xénophobie objectivée. Objectivée ça veut dire que l’on rentre dans le domaine des « yaka ». Il faut bien comprendre que la xénophobie est pratiquée par toute la droite. Toute la droite est xénophobe mais avec divers habillages.  

    Cependant, contrairement aux cathos, les frontistes n’ont aucune manière de faire de la discrimination pratique, peu de chefs d’entreprise, peu de riches, ils prennent donc de plein fouet la casse sociale. Alors que les cathos sont en mesure de pratiquer l’apartheid dans le boulot, dans le quartier, dans les écoles ou dans les associations, ça s’appelle l’entre-soi. Et comme il leur est possible de mettre en œuvre leurs sentiments xénophobes ils ont donc moins besoin d’en parler et veulent, ainsi, qu’on les croie centristes. 

    Au contraire la base électorale frontiste n’a comme défouloir qu’un concept de lutte contre l’immigration et les religions, concept amoindri par le fait que beaucoup d’immigrés sont au FN. Notons encore que, là aussi, il y a une inversion qui qualifie la droite frontiste d’extrême-droite alors que c’est, justement, le positionnement des « Indépendants ».

    En clair la base électorale de la droite catho, c’est le conservatisme, ceux qui pensent que leur religion est supérieure aux autres et que le colonialisme s’est arrêté trop tôt, bien sûr complété par le cortège de leurs pauvres.

    Tout aussi clairement, la base électorale de la droite frontiste c’est les beaufs chasseurs ou autres paysans mais surtout le cortège des exclus, déçus du socialisme et de la mondialisation. Eux ils pensent peu, trouvant d’ailleurs que les autres pensent trop avec leurs finasseries technocratiques.

    Si maintenant on regarde les réseaux, là ça devient vraiment révélateur.

    Les réseaux de la droite catho vont de la paroisse, aux cercles des patrons en passant par l’aumônerie, les organes pour la jeunesse, le diocèse, l’école privée, le syndicalisme catho et tout le petit monde associatif de l’aide, du secours et de la distraction. C’est ce réseau qui a fait élire Fillon et qui gère dans la sphère médiatique les rumeurs depuis les millions que gagne un chômeur musulman bigame jusqu’aux mœurs des hommes politiques. Clairement c’est là ou est le danger. Car c’est à eux que vous donnez le pouvoir en votant.

    La droite frontiste a aussi ses réseaux mais manque d’accès aux médias. Les cafés sont peut-être leur principal réseau avec les marchés, car ce sont des endroits ou les discussions peuvent prendre un caractère libéré. Bien sûr, certaines associations réactionnaires sur le mariage, l’avortement ou la justice sont au croisement catho/FN mais ne constituent que des réseaux faibles sans assise médiatique ou financière. Clairement les réseaux FN sont dans l’incapacité de mobiliser des foules, comme ç’a été le cas des réseaux cathos pour l’école privée ou pour Fillon.

    C’est pour ça que je dis que la droite catho est beaucoup plus dangereuse que la droite frontiste.

    Michel Costadau

  • Tendances

    Tendances

    Nous sentons bien que depuis quelque temps il se passe pas mal de choses dans le monde, mais je ne vois pas d’analyse globale, c’est-à-dire d’indications vers quoi ça va ces fameuses choses qui se passent. Les choses dont je parle c’est bien sûr Trump, Brexit, Syrie, Iran, Pétrole, etc. …  et accessoirement Europe. Alors les analyses nous allons les faire en commençant par les constats les plus simples.

    Première tendance : la fissuration des US. La mise en cause par les Etats de la politique fédérale de Trump, le questionnement sur le mode de scrutin avec des grands électeurs, la mentalité très libérale de la côte Ouest, montre non pas une volonté séparatiste, on n’en est pas encore là, mais à tout le moins une rupture du consensus Etats/pouvoir central. Si demain, par exemple, Trump voulait se lancer dans une guerre contre l’Iran il est probable que la cote Ouest ne voudrait pas y aller. Si de même un Etat votait une loi affaiblissant le pouvoir fédéral, il est probable que la cour suprême laisserait faire. En fait il se dessine trois zones aux US, la zone ouest libérale, mondialiste, presque laïque, la zone centrale religieuse, archaïque, conservatrice et la zone est riche, élitiste, guerrière. Et logiquement cette fissuration, à l’œuvre depuis longtemps en fait, mais révélée par l’élection de Trump conduit à l’affaiblissement du pouvoir des US. En d’autres termes, ce n’est pas Trump qui fait une nouvelle politique isolationniste, c’est la diminution du poids des US qui oblige son président à être protectionniste.

    Deuxième tendance : la fin de l’Europe politique. Vous allez me dire que l’Europe politique n’a jamais existé, c’est assez vrai mais quand même l’UE a un siège à l’ONU et une ministre des Affaires étrangères. Elle est intervenue politiquement dans divers conflits en Europe, du Kosovo à l’Ukraine. La marque politique de l’Europe c’était les Droits de l’homme. Et surtout il y avait au début une volonté pour renforcer cet aspect politique avec plus de pouvoir pour une diplomatie européenne, une défense européenne, une justice européenne. Bon mais voilà, à cause de l’ouverture à de nouveaux pays sur de simples bases comptables, tout ça n’a jamais abouti et a été supplanté par une Europe purement économique. En fait, le Brexit n’est pas la cause de la disparition politique de l’Europe mais le résultat. Le départ des Britanniques et de leur empire veut dire que si l’Europe n’est que le marché commun alors autant se débrouiller seul, c’est-à-dire avec des accords bilatéraux. La perte de l’identité européenne des Droits de l’homme s’est faite avec les accords OMC, le TAFTA, la négociation avec des Etats voyous comme la Turquie ou Israël et aussi avec l’ouverture à l’Est. L’Europe s’est rabaissée au rang de simple vendeur de camelote sans plus aucune prétention politique. Les principales victimes de cet abandon politique sont toutes les velléités démocratiques dans le monde, y compris chez nous.

    Troisième tendance : le rôle d’arbitre de la Russie. On voit mal Trump se posant en conciliateur dans les divers conflits mondiaux. Il a déjà perdu toute légitimité et autorité pour cela. Force est de constater que ce n’est pas le cas de la Russie qui ne fonctionne pas à coup d’anathèmes et d’exclusion. On peut dire que la tendance America first a été pratiquée par la Russie depuis 20 ans pour délimiter sa zone de puissance locale. Mais au-delà de cette zone, la Russie entretient de bons rapports avec tous les pays du monde sauf l’Europe. Mais, comme on vient de le voir, l’Europe n’a plus de puissance politique et cela donne à la Russie un nouvel espace. Paradoxalement, la Russie va remplacer l’Europe comme défenseur des Droits de l’homme. On voit déjà son rôle arbitral au Moyen Orient. On risque maintenant de le voir dans les tensions Chine-US ou Chine-Inde. De plus la Russie n’a pas dit son dernier mot en Europe. Elle commence, ainsi, à mettre en selle un nouveau modèle démocratique se démarquant du fonctionnement américain basé sur le contre-pouvoir de la presse et des avocats ou des pays européens aux institutions purement technocratiques.

    Ce modèle donne un poids beaucoup plus fort aux besoins collectifs en contre-partie d’une extension de pouvoir dans la sphère personnelle. Pour le dire plus hot pas besoin de permis pour construire ta maison au bord de la mer, mais par contre rien n’arrête les bulldozers si on doit raser ta maison pour faire un hôpital ou une usine. Ce modèle, de nature indéniablement populiste, tend à combattre l’écueil de nos démocraties, à savoir l’impuissance des citoyens.

    L’analyse n’est pas finie il y a, aussi, d’autres tendances à l’œuvre comme le simili-impérialisme chinois, mais on y reviendra une autre fois.

    Michel Costadau

  • Rayonnement et trou noir

    Rayonnement et trou noir

    Je vous l’avais bien dit que Trump c’était bon pour nous. Avec « America first », ce qui se traduit par « Amérique seule », les US tombent dans le syndrome isolationniste. Ce qui est un peu plus nouveau c’est que le clown continue à faire du cinéma. On verra ou cela mène mais je suppose que les avocats se réjouissent d’avance. Par contre ce cirque fait ressortir cruellement l’absence de la France de la scène politique.

    Eh oui les Américains se détendent avec Trump qui leur fait oublier leurs soucis, les Anglais s’amusent avec le Brexit qui leur permet de faire ce qu’ils veulent, les Russes sont à la manœuvre en Syrie, en Ukraine et tiennent une conférence permanente avec la Turquie et l’Iran. Les Allemands sont au top de la forme économique. Les Suisses votent sur le revenu universel à 1 800€. Les Espagnols ont commencé à apprendre à se passer de gouvernement. Et nous, ben nous on en est aux peaux de bananes et aux casseroles.  

    Pourtant il y a encore quelques années nous faisions partie des pays influents dans le monde : G7, Ukraine, Syrie, Turquie, réchauffement, on nous demandait notre avis. Alors que s’est-il passé ?

    Il s’est passé qu’on a eu Sarkozy suivi de Hollande. Le premier était un nombriliste obsédé par la nationalité. Le second un fonctionnaire sans ambition qui attend sagement la retraite. Des deux c’est quand même Hollande qui a le plus réduit comme peau de chagrin notre présence sur la scène ou plutôt notre participation aux événements du monde.

    Bien sûr c’est leur faute mais, en fait, pas seulement.

    Pourquoi : parce que ce qui a rendu cela possible c’est notre système politique verrouillé par une classe ou plutôt une caste  qui fonctionne en circuit fermé et se reproduit uniquement par cooptation. Les déboires de Fillon ne sont pas du tout dus à une volonté de détournement de fonds, mais à la simple évidence que ces gens-là font ce qu’ils veulent, sans même imaginer qu’on puisse leurs demander de rendre des comptes. Ils vivent dans un microcosme. Toutes leurs idées ne visent qu’à profiter de leur position dominante pour avantager tel ou tel copain ou relation et bien entendu s’avantager eux-mêmes. Mais comme ils discutent seulement entre eux et à l’abri des institutions, aucun  ne se pose la question des valeurs, des idées et des images que nous, la France, véhiculons. La classe politique est un trou noir qui absorbe le rayonnement de notre pays.

    Et c’est comme ça que personne ne trouve rien à dire quand, par exemple, on nous vante le commerce des armes de la France avec une excellente année marquée par plein de commandes. Seulement, du coup, l’image que ça donne de la France n’est plus porteuse d’idées, d’universalité, d’entente ou de solidarité internationale, mais de pots de vins et de négociations cachées. De même notre COP21 n’a convaincu personne et a vite été recouverte par une COP22. Qui plus est l’Europe des droits de l’homme a emboîté le pas et bifurqué vers le refus de l’immigration et même la désunion.

    Nous sommes donc une étoile éteinte dans une galaxie qui ne rayonne plus. Alors maintenant, mettre un tel ou un tel à la présidence ne changera strictement rien tant que nous laisserons cette classe politique totalitaire se comporter en terrain conquis. Et le terrain conquis c’est nous.

     Michel Costadau